14 JUIN

2018

Revenus fixes , Nicolas Forest , Thèmes

La Fed, seule contre tous ?

« Les controverses d’une hausse sans surprises »

Comme attendu, la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed) a remonté cette semaine son taux directeur pour la deuxième fois de l’année. Cette hausse sans surprise s’explique par une économie américaine florissante. Avec une croissance au deuxième trimestre attendue à 3%, un taux de chômage au plus bas et une inflation encore proche des 2%, la règle de Taylor estime le taux directeur optimal à 5%, très loin du taux actuel de 2%. Le chemin de normalisation monétaire semble donc être une évidence. Et la Fed pourrait encore monter deux fois cette année pour atteindre 2,50%.

Pourtant, comme toujours, la politique monétaire réserve des controverses.

La première concerne la courbe obligataire américaine, qui s’aplatit dangereusement. L’écart entre le taux 2 ans et le taux 10 ans a ainsi atteint récemment 40 points. Or, comme l’a rappelé Lael Brainard, un gouverneur de la Réserve fédérale, il n’y a qu’un seul cas depuis 1960 où une courbe inversée n’a pas précédé une récession. En prenant en compte des prévisions médianes de la Fed, cette inversion arriverait entre 2019 et 2020… Dans ce contexte, la Fed pourrait chercher à « pentifier » davantage la courbe en adaptant son discours sur l’objectif d’inflation afin de le rendre plus symétrique. Ainsi, l’objectif d’inflation pourrait être de 2% tout au long du cycle, autorisant certaines déviations à la baisse comme à la hausse. Une telle évolution ferait déraper les anticipations d’inflation.

La deuxième controverse ne concerne pas les Etats-Unis. La Fed peut-elle remonter seule ses taux d’intérêt alors que les banques centrales du monde entier gardent des taux historiquement bas ? Ni la Banque centrale européenne, ni les banques centrales de Suède, de Norvège, de Suisse, d’Australie, de Nouvelle-Zélande ou d’Angleterre n’ont réagi aux hausses de la Fed. Même les pays émergents ont aujourd’hui des taux monétaires historiquement très bas et très peu de pays ont entamé une normalisation monétaire. Dans ce contexte, l’appréciation du dollar et la hausse des taux américains pourraient constituer un risque pour la croissance mondiale.

La normalisation monétaire devrait donc se poursuivre aux Etats-Unis, mais il faudra suivre attentivement les minutes car on ne peut exclure que la Fed de Jérôme Powell adapte légèrement sa fonction de réaction.

A propos de l'auteur

Nicolas Forest

Global Head of
Fixed Income
Management


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