En 2016, la croissance mondiale a de nouveau ralenti. Pour la première fois depuis 2010 toutefois, on a vu cette année l’amorce d’une accélération de la croissance des économies émergentes et les prémices d’une croissance mondiale un peu plus soutenue en 2017.
Etats-Unis : poursuite de la croissance… mais visibilité réduite
Aux Etats-Unis, l’économie est entrée dans sa huitième année d’expansion. La faiblesse de la croissance – 1.5 % en 2016 – pourrait laisser craindre un essoufflement de l’activité. Ce risque, souvent évoqué, semble pourtant faible. La longueur exceptionnelle de la phase d’expansion actuelle ne doit en effet pas faire oublier que cette reprise est la moins vigoureuse de l’après-guerre. Elle ne s’est accompagnée d’aucun déséquilibre macroéconomique : il n’y a ni excès d’endettement des ménages, ni surinvestissement dans l’immobilier résidentiel ; la progression de l’investissement des entreprises est restée modérée et les salaires n’accélèrent que progressivement. La Réserve fédérale a donc, pour l’instant, peu de raisons de précipiter la normalisation de sa politique monétaire. J.L. Yellen a d’ailleurs récemment avancé l’idée que pour prévenir une érosion du potentiel de production de l’économie américaine, il pourrait être nécessaire de « maintenir, temporairement, l’économie sous haute pression, grâce à une demande globale soutenue et un marché du travail tendu ». Si l’attitude accommodante de la Réserve fédérale devait permettre à la croissance américaine d’accélérer en 2017, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis vient clairement amplifier cette tendance. Même partiellement mises en œuvre, les baisses d’impôts et dépenses d’infrastructures figurant à son programme vont soutenir l’activité. Si l’ampleur et le timing de ce soutien restent encore incertains, ses effets n’en seront pas moins perceptibles dès 2017 et surtout en 2018 : la croissance pourrait ainsi dépasser 3 % et le déficit public presque doubler. Même si elle veut rester accommodante, la Réserve fédérale serait alors amenée à resserrer un peu plus vite sa politique monétaire et monter ses taux deux ou trois fois en 2017. Sur le plan commercial et géopolitique, les incertitudes sont plus nombreuses encore : les positions extrêmes évoquées par Donald Trump pendant la campagne – hausse des droits de douanes de 45 %, sortie de l’ALENA… – ont peu de chances d’être mises en œuvre et il faudra attendre plusieurs mois avant de savoir quelle sera effectivement la politique commerciale de la nouvelle Administration.
Europe : croissance lente… mais résiliente
En Europe, malgré une année également chargée en surprises politiques (vote en faveur du Brexit, difficile formation d’un gouvernement en Espagne, referendum constitutionnel en Italie…), la croissance a fait preuve de résilience : au Royaume-Uni, l’activité devrait progresser de plus de 2 % en 2016, la zone euro continuant d’afficher une croissance supérieure à 1,5 %. Alors que le vote en faveur du Brexit avait soulevé de vives inquiétudes, l’intervention de la Banque d’Angleterre et la rapide transition politique ont contribué à en limiter les conséquences immédiates. A l’horizon des prochains trimestres, l’activité n’en devrait pas moins ralentir au Royaume-Uni : les intentions d’investissement et d’embauche se sont retournées et la dépréciation de la livre devrait conduire à une nette hausse de l’inflation et peser sur la consommation des ménages. Enfin, alors que les négociations n’ont toujours pas débuté, la position affichée du nouveau gouvernement, tenant jusqu’ici d’une ligne dure sur la sortie de l’Union européenne, ne peut qu’alimenter les inquiétudes. Alors que tenants d’un soft Brexit et d’un hard Brexit s’opposent toujours au sein de la majorité et même du gouvernement, le nouveau premier ministre Theresa May a tranché en faveur d’une ligne dure, en plaçant la liberté de circulation au centre des futures négociations. Le gouvernement souhaite ainsi mettre un frein à la libre circulation des personnes entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, tout en conservant un accès préférentiel au marché commun ainsi que le passeport financier essentiel à la City. Or, au même titre que la libre circulation des biens, des services et des capitaux, la libre circulation des personnes est consubstantielle au marché commun européen. Sur de telles bases, un accord permettant au Royaume-Uni de conserver un accès préférentiel au marché des 27 semble difficile, voire impossible à trouver.
Après avoir été soutenue par la dépréciation de l’euro et la baisse du prix du pétrole, l’économie de la zone euro semble revenue sur une trajectoire de croissance autoentretenue : le redémarrage de l’activité a favorisé un rebond des créations d’emplois ; ces dernières soutiennent la progression du revenu disponible et donc la consommation ; enfin, l’amélioration des perspectives de demande tire, à son tour, l’investissement des entreprises. Les risques politiques restent toutefois élevés en 2017 : les échéances électorales sont nombreuses (élections aux Pays-Bas, puis en France et enfin en Allemagne) et avec la montée des populismes, les forces centrifuges dormantes restent une menace pour la zone euro. Dans ce contexte, la Banque centrale européenne continuera de faire tout ce qu’elle peut pour prévenir un resserrement des conditions financières dans la zone.
Pays émergents : modeste ré-accélération en vue
Dans les pays émergents, les situations sont contrastées. En Chine, le ralentissement se poursuit, de façon relativement ordonnée. La mise en œuvre d’un policy-mix favorable (détente des conditions monétaires et creusement du déficit public) a permis de maintenir une croissance proche de l’objectif de 6,5 %. En même temps, le rééquilibrage du contenu de la croissance s’est poursuivi : pour la deuxième année consécutive, la consommation a progressé plus rapidement que le PIB et les services continuent de se développer plus rapidement que l’industrie. Cette bonne tenue relative de l’économie chinoise a, en retour, contribué à la stabilisation des prix des matières premières, améliorant ainsi la situation de nombreux pays émergents exportateurs de matières premières. Après une forte récession, la Russie et le Brésil sont ainsi en passe de renouer avec la croissance en 2017 : l’inflation semblant à nouveau sous contrôle, leurs banques centrales devraient pouvoir accompagner le mouvement de reprise par une détente de leur politique monétaire.
Pour la première fois depuis la crise, la croissance mondiale devrait ainsi accélérer en 2017. La poursuite de cette tendance n’est toutefois pas acquise. Les traces laissées par la Grande Récession sont en effet loin d’être effacées : en plus d’un affaiblissement durable du potentiel de croissance de l’économie mondiale, la montée des populismes est continue et générale, comme en témoignent le vote en faveur du Brexit et les résultats des élections américaines. Pour un temps au moins, les incertitudes qui pèsent sur l’évolution de l’économie mondiale à l’horizon des prochaines années s’en trouvent donc considérablement renforcées.
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