18 AVR.

2017

Macro , Thèmes

Les divergences de dette publique font peser, à moyen terme, un risque pour la zone euro

Depuis 10 ans et l’éclatement de la Grande récession, l’état des finances publiques des Etats membres de la zone euro s’est considérablement dégradé (graphiques 1 et 2). Le sauvetage difficile de la Grèce, et, surtout, l’intervention de la BCE à l’été 2012 ont permis d’éviter un éclatement de la zone et de ramener le calme sur le marché des obligations souveraines. Aujourd’hui, malgré d’importants efforts de rééquilibrage, la plupart des membres de la zone peinent à mettre leurs finances publiques en conformité avec les règles européennes. Parmi les quatre plus grandes économies, la France et l’Espagne ont toujours un déficit public supérieur à 3 % du PIB, et toutes ont une dette supérieure à 60 % du PIB. Surtout, à l’exception de l’Allemagne, aucune n’a réussi à remettre sa dette publique sur une trajectoire de baisse1. Si rien n’est fait pour réduire ces divergences, les tensions politiques entre Etats membres pourraient, d’ici quelques années, devenir aigues.

Parmi les grandes économies, l’Allemagne est aujourd’hui la seule dont le poids de la dette dans le PIB baisse déjà rapidement (graphique 3). La prudence actuelle des autorités allemandes s’explique notamment par une évolution démographique défavorable : à partir de 2025, si aucune mesure n’est prise, les coûts liés au vieillissement de la population devraient entraîner une remontée du poids de la dette publique dans le PIB.

Particulièrement touchée par la crise, l’Espagne a vu sa dette passer de 40 % du PIB en 2007 à 100 % en 2016 (graphique 4). Pour revenir à 60 % d’ici 2037, le gouvernement espagnol doit poursuivre son effort de rééquilibrage. Le fort rebond de l’activité et les nombreuses réformes déjà mises en œuvres devraient l’y aider. Il lui faut néanmoins encore améliorer son solde primaire d’environ 3 points de PIB sur les prochaines années. A politique inchangée en effet, le poids de son endettement continuera de dériver et pourrait même se mettre à monter rapidement si, les marchés s’inquiétant, la prime payée par l’Etat espagnol retrouvait ses niveaux de début 2012.

La France a un déficit et une dette publiques qui, rapportés au PIB, sont comparables à ceux de l’Espagne (graphique 5). Comme en Espagne, un effort budgétaire d’un peu plus de 3 points de PIB permettrait donc à la France de replacer sa dette publique sur une trajectoire de baisse vers 60 % du PIB d’ici 2037. Mais, contrairement à l’Espagne, la France a fait relativement peu de réformes sur les dernières années et le rééquilibrage de ses finances publiques est lent. Il a clairement été mis entre parenthèses depuis plusieurs mois en raison des élections. Et dans les programmes des différents candidats, il ne reprend au mieux qu’à partir de 2019. En l’absence d’inflexion, les marchés pourraient au fil des mois finir par s’en inquiéter : l’augmentation de la prime de l’Etat français conduirait alors, à moyen terme, à faire monter significativement le ratio dette sur PIB.

Le cas italien est plus complexe. Sans efforts supplémentaires, le poids de la dette baisserait de 130 % à 120 % du PIB en 10 ans (graphique 6) : contrairement à la France et à l’Espagne, l’Italie bénéficie d’un excédent primaire de 1,7 % en 2016. Ramener la dette à 60 % du PIB en 2037 nécessite toutefois une amélioration supplémentaire de son solde primaire de près de 3 points de PIB. Or, la reprise italienne reste atone et la situation politique incertaine. Les marchés pourraient là aussi s’en inquiéter, d’autant que le gouvernement a prévu de stimuler un peu l’activité en 2017 et 2018… retardant ainsi la mise en conformité de sa trajectoire d’endettement public avec la règle des 1/20ème. Ce faisant, l’Italie prend le risque de voir la Commission Européenne ouvrir une procédure de déficit excessif à son encontre.

Ces différences entre les situations budgétaires des quatre grandes économies de la zone euro ne sont pas aujourd’hui dramatiques. A moyen terme toutefois, les divergences en matière de trajectoire d’endettement public ne peuvent être négligées.  Si, dans les années à venir, certaines grandes économies de  la zone euro peinaient à reprendre le contrôle de leur endettement public et, plus particulièrement, à inscrire leur dette sur une trajectoire de baisse conforme aux engagements budgétaires pris, des tensions ne manqueront pas de resurgir entre pays, mais aussi sur les marchés.


1Un pays avec une dette supérieure à 60% du PIB est susceptible d’être sanctionné s’il ne respecte pas la règle des 1/20e . Cette règle stipule qu’après avoir ramené son déficit sous la barre de 3% du PIB le pays doit, en rythme annuel, réduire sa dette à hauteur d’un vingtième de l’écart qui le sépare de la cible de 60% du PIB, en moyenne sur 3 ans. 

Actualités macro

Lire nos articles

Contactez-nous

Nous apprécions votre contribution. Faites-nous part de vos questions et commentaires

Contact