Depuis 2015, la baisse des prix du pétrole jointe à la dépréciation de l’euro ont permis le retour d’une croissance modeste en Italie : en 2016 le PIB a crû de près de 1%. L’économie devrait continuer de croître à ce rythme en 2017 et 2018.

L’Italie doit toutefois faire face à plusieurs problèmes structurels. Son taux de croissance est faible et a toutes chances de le rester : la population en âge de travailler décroît et les gains de productivité n’ont cessé de ralentir depuis l’entrée de l’Italie dans la zone euro (graphique 1). Cette croissance potentielle faible (nous l’estimons à 0.7 % en termes réels) ne facilite pas le désendettement privé (surtout celui des entreprises), comme public.

Sous l’hypothèse d’une croissance nominale autour de 2 % sur les prochaines années et en prenant en compte une remontée lente du taux moyen payé sur la dette, le poids de la dette publique dans le PIB se stabiliserait en effet sur son niveau élevé de 130 % (graphique 2). Si les taux remontaient un peu plus vite (ou si la croissance était moindre), ce poids dériverait à nouveau à la hausse à partir de 2020. Pour réduire le poids de son endettement, l’Etat italien va devoir fournir un nouvel effort de consolidation de ses finances : une amélioration de 0.2 % par an de son solde primaire permettrait de ramener le poids de sa dette vers 120 % du PIB en 2026. L’effort peut sembler modeste. Mais il faut rappeler que depuis 2013, l’excédent primaire de l’Italie a… diminué de 2.2 % à 1.5 % du PIB aujourd’hui (graphique 3).

La seconde inquiétude concernant l’Italie est le niveau élevé des créances douteuses. Près de 20% des prêts sont « non-performants1» (€ 360 milliards, soit un tiers des prêts non-performants de la zone euro) et plus de la moitié sont des « bad loans2» (graphique 4). Pour l’essentiel (80%) il s’agit de prêts à des entreprises (principalement de petites entreprises), ce qui rend leur évaluation difficile. Ce niveau élevé de prêts à problèmes s’explique largement par la faiblesse de la croissance au cours des dernières années. Le contraste avec la situation des banques espagnoles est notable : les mesures prises rapidement par le gouvernement espagnol et le retour de la croissance ont permis, là-bas, une baisse du taux de créances douteuses alors que ce taux n’a pas commencé à baisser en Italie. Le gouvernement a bien sûr pris des mesures pour remédier à cette situation : Les procédures de faillites et de saisies ont été simplifiées, la gouvernance dans les banques de petite taille améliorée et les banques ont été incitées (fiscalement) à constituer plus de provisions. De plus, pour éviter des problèmes de liquidité, l’Etat italien pourra donner une garantie à hauteur de € 150 milliards sur les obligations émises par des banques encore solvables. Enfin, un fonds de € 20 milliards a été mis en place pour recapitaliser les banques (voire note sur le plan de recapitalisation de Banca Monte Dei Paschi). Cela devrait à court terme fournir un peu d’oxygène aux banques. A plus long terme toutefois, l’Italie va devoir poursuivre ses efforts : une réforme du marché du travail a été engagée, la recapitalisation des banques est en cours… mais le processus est lent et rendu plus compliqué encore par l’échec du référendum de décembre dernier.




1Prêts dont les remboursement ont plus de 90 jours de retards

2Prêts dont le débiteur est en défaut de payement, et dont seulement une partie sera remboursé