Le ralentissement marqué des créations d'emplois au mois de mai – seuls 38 000 emplois ont été créés –, a clairement surpris les intervenants sur les marchés financiers et ravivé les craintes d'une récession. Même corrigées du mouvement de grève chez Verizon, les créations d’emplois n’auraient été que de 73 000. La baisse du taux de chômage de 5 à 4,7 % n'est guère plus rassurante car elle résulte largement de la baisse du taux de participation.

Si la faiblesse du dernier rapport sur l'emploi nous a également surpris, nous sommes toutefois moins pessimistes que certains. Tout d'abord, comme Yellen l'a indiqué, « on ne devrait jamais accorder trop d'importance à un seul rapport mensuel ». Rappelons à ce titre que les chiffres de l'emploi sont par nature très volatils (l'intervalle de confiance de l’enquête auprès des entreprises s'établit à ± 115 000) et font l'objet de révisions fréquentes. En outre, d’autres indicateurs du marché de l’emploi sont loin d'être aussi inquiétants : les nouvelles demandes d’indemnisation-chômage se maintiennent à un niveau très bas et le rapport de l'ADP a lui enregistré 173 000 créations d'emplois en mai (graphique 1).

De plus, à ce stade de la reprise, un ralentissement du rythme des créations d'emplois ne doit pas surprendre : la productivité, particulièrement faible depuis quelques années, doit ré-accélérer. Comme l'a récemment expliqué Thomas Perez, Secrétaire d'Etat au travail : « Plus l'on s’approche du plein emploi, plus il est normal de voir la croissance de l'emploi ralentir et celle des salaires accélérer, et c'est précisément ce que nous commençons à observer. » Dans notre scénario, le rythme des créations d’emplois baisse à 150 000 par mois contre 230 000 l'année passée (graphique 2). Ce ralentissement est toutefois compensé par une progression un peu plus rapide des salaires, de l'ordre de 3 % (contre 2,5 % actuellement) (graphique 3) qui permet à la masse salariale de continuer à croître à un rythme de 5 %.

Si, au cours des prochains mois, les créations d'emplois étaient aussi faibles qu’en mai, nous devrions bien sûr revoir notre scénario !
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