Ces quelques lignes visent à éclairer l’impact des élections du 8 novembre sur l’économie américaine et, à plus court terme, sur les marchés financiers. Cet impact est loin, en effet, de dépendre seulement de celui qui va être élu Président : le fonctionnement du système politique américain est tel – la Présidence Obama l’a montré – que la composition du Congrès compte tout autant. Or mardi prochain, on votera aussi pour renouveler un tiers des membres du Senat et la totalité de la Chambre des représentants. Les résultats de ces élections vont déterminer dans une large mesure les marges de manœuvre, en matière budgétaire en particulier, du nouveau Président. 

 

Le programme économique d’Hillary Clinton est relativement « classique » . Il comporte un effort d’investissement en infrastructures ainsi que des mesures redistributives importantes financées essentiellement par des hausses d’impôts sur les ménages les plus riches. Son application apporterait une léger soutien à la croissance américaine, en 2018 surtout, sans modifier significativement la trajectoire de l’endettement public. Pour que ce programme ait une chance d’être appliqué, il faudrait toutefois que les Démocrates aient une majorité à la Chambre et au Senat. Et, même dans ce cas, les mesures prises seront issues d’une négociation : le programme du candidat est le sien et pas nécessairement celui de ceux qui représentent son Parti au Congrès ! Si en revanche les Républicains conservaient la majorité au Congrès, les hausses d’impôts proposées par Hilary Clinton resteraient lettre morte. Un compromis pourrait toutefois être trouvé pour voter des dépenses d’infrastructures en échange d’un réaménagement de l’impôt sur les sociétés et d’une baisse de son taux (jointe à une incitation fiscale au rapatriement des profits laissés à l’étranger). La probabilité d’un tel compromis serait accrue si les Démocrates prenaient le contrôle du Senat. 

Le programme de Donald Trump est nettement plus « disruptif » en matière de commerce international mais aussi en matière budgétaire. Favorable également à un effort d’investissement en infrastructures, il propose toutefois aussi des baisses d’impôts massives, qui profiteront surtout aux américains les plus riches et aux sociétés. Sans la croissance d’au moins 3,5 % qu’il promet pour les dix prochaines années, ces baisses d’impôts conduiront à un creusement spectaculaire du déficit budgétaire. Pour cette raison, elles ont peu de chances d’être acceptées par le Congrès même si les Républicains ont la majorité à la Chambre et au Sénat. 

Même si l’on suppose que les tensions politiques nées pendant le débat électoral se dissipent rapidement, il faudra, quel que soit le Président élu, plusieurs mois avant de pouvoir apprécier l’effet des élections sur l’économie. L’arbre des possibles qui est joint donnent les probabilités qui traduisent l’information disponible ce lundi : il montre clairement qu’une élection de Donald Trump jointe à un renforcement de la majorité républicaine au Congrès prendraient les marchés à contrepied. Nous actualiserons cet arbre – et éventuellement le simplifierons ! – en fin de matinée mercredi matin.