Après la remarque de Janet Yellen au cours de la conférence de presse du 16 décembre 2015 « Je crois que l'idée selon laquelle l'expansion meurt de vieillesse est un mythe », la Réserve fédérale de San Francisco (Federal Reserve Bank of San Francisco, FRBSF) a récemment consacré une lettre économique sur le sujet. Si les participants au marché font le lien entre augmentation de la probabilité d'une récession et durée du cycle, les données historiques conservées depuis la seconde guerre mondiale n'indiquent pas nécessairement une corrélation entre ces deux éléments. Aussi, une reprise qui dure, telle que celle que l'on observe actuellement aux États-Unis, n'est-elle pas plus susceptible de se terminer qu'une reprise qui a une durée de vie plus courte.

L'analyse de survie (une branche des statistiques largement appliquée aux taux de mortalité des humains dans les calculs de l'assurance-vie) a permis à la FRBSF d'identifier qu'une reprise sur 50 mois a une chance de 2 % de s'inverser le mois suivant ou, si cette probabilité est cumulée sur les douze mois suivants, une chance de 23 % de se terminer au cours de l'année d'après. Fait intéressant, ces mêmes techniques génèrent des résultats bien différents lorsqu'elles sont appliquées aux expansions américaines d'avant la seconde guerre mondiale, entre 1854 et 1938.

Les marchés financiers ont vivement réagi aux publications macroéconomiques peu encourageantes de ce début d'année. Au-delà des craintes de plus en plus persistantes d'un ralentissement prononcé (les États-Unis se trouvant actuellement en fin de cycle), il reste selon nous aux banques centrales très peu de cartes à jouer pour éviter que les économies ne tombent en récession. Les effets de la crise de 2008 se font, dans une certaine mesure, toujours ressentir. Huit ans plus tard, ils limitent toujours significativement les mesures anticycliques des politiques monétaires et budgétaires.

Pour résumer, de nombreux indicateurs laissent à penser que les reprises de ces 70 dernières années ne se fragilisent pas forcément avec le temps. Dans ce contexte, la publication la semaine dernière des chiffres meilleurs que prévu du PIB australien nous rappelle que le pays n'a pas connu de récession depuis ces 24 dernières années. Le ralentissement actuel observé aux États-Unis est sans doute lié à l'évolution normale de l'économie, avec ses hauts et ses bas. Si en revanche l'économie venait à subir des chocs, elle pourrait alors entrer en récession.