24 AVR.
2017
Allocation d'actifs , French Elections , Macro , Thèmes
Les investisseurs en actions européennes ont salué le résultat positif du premier tour des élections présidentielles françaises. Des scénarios plus déstabilisants ont été évités, le candidat pro-européen Macron étant désormais favori pour devenir le prochain Président de la République.
Si les sondages étaient serrés, ils se sont avérés justes : les deux candidats placés en tête dans ces sondages se sont qualifiés pour le second tour. Emmanuel Macron a obtenu 23.8 % des voix, suivi de Marine Le Pen (21.5%), François Fillon (19.9%) et Jean-Luc Mélenchon (19.6%). La participation était élevée (78.7%), comparable à 2012.
Ces résultats montrent qu’une recomposition du paysage politique français est à l’œuvre. La politique française a été traditionnellement dominée par deux partis: le Parti Socialiste (à gauche) et Les Républicains (au centre-droit). Cette fois, aucun des deux partis historiques, au pouvoir depuis les débuts de la Cinquième République en 1958, ne s’est qualifié pour le second tour. Ce résultat est une nouvelle illustration d’une tendance globale plus profonde : la fracture entre anti- et pro-mondialisation se superpose désormais à celle entre gauche et droite.
Les deux candidats ont des programmes très différents : celui de Marine Le Pen est anti-européen, populiste et d’extrême droite, tandis que celui d’Emmanuel Macron est « social libéral » et clairement pro-européen.
Le programme de Marine Le Pen envisage de restaurer les frontières nationales, d’augmenter la fiscalité sur les travailleurs étrangers, d’arrêter de fournir une couverture santé et une scolarité gratuites aux immigrés illégaux,… Ce projet défend et fait la promotion du « patriotisme économique français » et, de manière plus générale, est anti-mondialisation. Le programme du Front National inclut également quelques mesures populistes, similaires à celles proposées par Mélenchon (notamment le retour de l’âge de la retraite à 60 ans). Il envisage deux référendums : le premier en vue de changer la Constitution (notamment afin d’introduire un système proportionnel pour les élections législatives, avec un bonus de 30 % pour la liste arrivant en tête, mais aussi de supprimer l’Article XV, qui stipule que « La République participe à l’Union Européenne »); le second référendum, six mois plus tard, en vue de quitter l’UE (et par conséquent aussi l’Euro).
Le programme d’Emmanuel Macron est plutôt équilibré. Il préconise une réduction de la fiscalité des entreprises et des contributions sociales pour réduire les coûts salariaux. Il propose un programme exceptionnel de dépenses d’investissement public sur cinq ans de 50 milliards d’euros et plusieurs mesures destinées à augmenter le pouvoir d’achat des ménages. Il souhaite également introduire une « flexisécurité » d’inspiration scandinave et promet que la France rééquilibrera son Budget dans le respect des règles européennes.
Il semble très peu probable que Marine Le Pen remporte le second tour. Les sondages réalisés juste avant mais aussi juste après le premier tour, laissent attendre une victoire d’Emmanuel Macron avec une marge confortable (60% pour Macron contre 40% pour Marine Le Pen). Nous devons, bien entendu, rester prudents, compte tenu du caractère très inhabituel de cette élection d’autant que les consignes de vote ne sont pas encore toutes connues. Mais l’appel de nombreuses personnalités politiques du parti Les Républicains comme du Parti Socialiste à voter pour Macron au second tour laissent penser que celui-ci devrait l’emporter.
La France a un système semi-présidentiel : si les pouvoirs du Président sont plus étendus que dans beaucoup d’autres pays (il est le chef des armées et a en charge la politique étrangère), le Premier Ministre et le Parlement conduisent la politique de la Nation.
Dans le passé, les élections législatives qui ont suivi une élection présidentielle ont habituellement eu tendance à donner une majorité au Président élu. Cette fois, il pourrait en être autrement…
Les élections législatives ne sont par proportionnelles. C’est un système à deux tours:
Dans le passé, lorsqu’un candidat du Front National était qualifié pour le second tour, les Socialistes et Les Républicains se mettaient d’accord pour retirer un de leur candidat, faisant ainsi « barrage » au Front national. L’éclatement du paysage politique français rend cette fois ces accords moins probables : dans de nombreuses circonscriptions, trois voire même quatre candidats pourraient être présents au second tour.
Cette recomposition du paysage politique français, mais également la montée des partis extrêmes (Mélenchon et Le Pen) par rapport à l’élection présidentielle de 2012, rendent particulièrement difficiles aujourd’hui l’estimation de la future composition du Parlement, d’autant plus qu’aucun sondage n’est disponible.
Emmanuel Macron a toutes chances de devoir composer avec un parlement divisé. Si tel est le cas, nous pensons qu’il adoptera une approche « conciliante » et essayera de faire entrer au gouvernement des membres de différents partis. Ce gouvernement de coalition pourrait favoriser la mise en place de réformes (l’Allemagne constitue, à ce titre, un cas d’école), mais cette configuration n’a jamais encore été réellement testée en France…!
Dans tous les cas les résultats de ce premier tour de l’élection présidentielle sont une bonne nouvelle pour les marchés financiers : Emmanuel Macron est un européen convaincu… et des scenarios plus déstabilisateurs ont été évités !
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by Florence Pisani, Global Head of Economic Research
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