12 FÉVR.

2020

Actions , Oncologie , Rudi Van den Eynde , Thèmes

Cancer du col de l’utérus : mieux vaut prévenir que guérir !

Considérée comme une priorité de santé publique mondiale par l'OMS, la vaccination contre le papillomavirus humain permet de réduire considérablement le risque de mortalité lié au cancer du col utérin. L’éradication partielle de la maladie serait même envisageable, à condition de lever certains freins. Au même titre que le renforcement du dépistage, l’amélioration et l’élargissement de la couverture vaccinale seront des leviers critiques.

Des infections virales sévères sont directement impliquées dans le développement de certaines tumeurs. Au-même titre que la détection précoce des premiers symptômes, la vaccination pourrait jouer un rôle décisif dans la lutte contre « la maladie du siècle ». Plusieurs vaccins prophylactiques permettent d’ores-et-déjà de prévenir partiellement ou totalement l’apparition de deux cancers, ceux du foie et du col de l’utérus. A défaut de traiter directement ces pathologies, ils contribuent néanmoins à la protection des populations, en les prémunissant des conséquences potentiellement morbides de l’hépatite B et du papillomavirus humain, dans ses formes les plus critiques (les HPV 16 et 18 sont à l’origine de 70 % des cancers et des lésions précancéreuses du col de l’utérus).

Quatrième cause de cancer chez la femme, le cancer du col de l’utérus est responsable de 310 000 décès par an, essentiellement dans les pays à bas ou moyens revenus. Selon l’IARC1, son incidence demeure préoccupante, avec 570 000 nouveaux cas diagnostiqués en 2018. Les projections épidémiologiques sont tout aussi inquiétantes. Sans actions correctrices, cette affection pourrait être à l’origine de 460 000 morts par an d’ici à 2040. En réalité, la problématique est double. Au-delà des décès pour partie évitables, la vaccination contre le papillomavirus humain est d’autant plus stratégique que l’infection par HPV peut engendrer d’autre formes de cancers, tant chez les femmes que chez les hommes.

 

Un vaccin « sûr, efficace et indispensable »

Le 4 février dernier, à l’occasion de la journée mondiale contre le cancer, l’OMS lançait un appel international pour inciter chaque pays à vacciner toutes les filles âgées entre neuf et quatorze ans contre le papillomavirus humain, mais aussi à dépister et à traiter systématiquement les lésions précancéreuses des femmes de plus de trente ans. Preuves à l’appui, l’IARC soulignait alors que les trois vaccins existants2 étaient « sûrs, efficaces et indispensables pour éradiquer le cancer du col de l’utérus », dénonçant les rumeurs et les controverses sur la prétendue nocivité des produits en question.

L’organisation bénéficie d’un certain recul, mais aussi de preuves solides pour appuyer son propos. Des campagnes de vaccination publiques sont aujourd’hui en vigueur dans 82 pays. Une démarche initiée il y a plus de dix ans par les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, le Canada, l’Espagne, la France et l’Italie. Depuis l’homologation du premier vaccin de référence en 2006, plus de 270 millions de doses ont été administrées à plus de 60 millions de personnes. Aucun effet indésirable grave lié aux produits recommandés n’a pour l’instant été identifié par l’OMS. Loin des effets néfastes mis en exergue par les détracteurs de la cause vaccinale, l’organisation a constaté des effets positifs sur la protection des populations. « Plusieurs pays ont signalé une baisse de 50 % du taux d’incidence des lésions précancéreuses du col utérin chez les jeunes femmes », précise l’OMS.

 

Des résultats probants

Dans certaines régions du globe, les résultats sont parfois spectaculaires, comme en Australie. Selon les résultats d’une étude financée par le département de la santé local, la proportion des jeunes femmes (18-24 ans) porteuses des deux principaux HPV (16 et 18) a diminué drastiquement en dix ans. Estimée à 23 % en 2005, elle avait chuté à 1 % en 2015. Avec une couverture vaccinale jugée optimale, la circulation du virus devrait être prochainement interrompue, si l’on en croit les dernières modélisations épidémiologiques. Dans moins de vingt ans, il n’y aurait quasiment plus de nouveaux cas de cancer du col de l’utérus. Techniquement, ces résultats seraient notamment le fait d’une campagne de vaccination gratuite lancée il y a douze ans auprès des jeunes filles de douze et treize ans, puis étendue aux jeunes garçons en 2013.

En Europe, les « performances » sont plus aléatoires. Si 37 des 53 pays du Vieux Continent pratiquent la vaccination de manière systématique, la couverture vaccinale de la population cible (les jeunes filles âgées de neuf à quatorze ans) varie sensiblement d’un territoire à l’autre, avec des écarts assez saisissants. Très élevée au Portugal (90 %), elle est encore très faible en France (20 %), qui figure d’ailleurs en queue de peloton.

Couverture vaccinale de la population cible

Les disparités sont encore plus criantes à l’échelle internationale. « Les pays où le risque de cancer du col utérin est le plus important sont également ceux où la probabilité que la vaccination anti-HPV ait été instaurée est la plus faible », regrette l’OMS.

 

Des actions complémentaires

Plusieurs actions complémentaires sont envisagées pour ralentir la mortalité liée à ce cancer. D’après certains experts, la mise en place d’un programme organisé de vaccination en milieu scolaire pourrait améliorer la couverture vaccinale et réduire les inégalités sociales en touchant une population plus large, comme le démontrent les exemples australiens, canadiens ou suédois. Actuellement pratiquée dans une vingtaine de pays, la vaccination des jeunes garçons pourrait par ailleurs contribuer à endiguer la propagation des papillomavirus. Des bénéfices directs ont déjà été observés en Australie, en Autriche, aux Etats-Unis, en Suède et en Suisse. En France, la réflexion avance plus lentement, mais les derniers signaux sont plutôt encourageants. Une consultation publique thématique vient tout juste d’être lancée par la Haute Autorité de Santé, ultime étape avant la publication d’une recommandation officielle.

Aussi efficace soit elle, la vaccination ne se suffira pas à elle-même. Elle ne pourra pas se substituer au dépistage par frottis et au traitement des lésions précancéreuses, comme le rappelle régulièrement l’OMS. Selon les conclusions d’une récente étude3, la généralisation immédiate de la vaccination et du dépistage pourrait permettre d’éliminer quasi- intégralement le cancer du col de l’utérus dans tous les pays développés d’ici à 50 ans... et dans le monde entier d’ici à la fin du siècle. Les enjeux économiques sont significatifs. Même s’ils n’ont pas été officiellement chiffrés, les coûts liés au cancer du col de l’utérus s’élèvent à plus de 100 milliards de dollars par an. Une chose est sûre : la prévention primaire (vaccination) et la prévention secondaire (dépistage) permettraient d’alléger considérablement les dépenses consenties par les différentes nations, avec des résultats extrêmement bénéfiques sur le plan de la santé publique Elles constituent donc un outil précieux à l’objectif universel que, tous, nous partageons sans réserve : contribuer à une vie plus saine et plus longue.

Cancer du foie : les bienfaits démontrés de la vaccination contre le VHB

Selon l’IARC1, 841 080 cancers du foie ont été détectés en 2018. Avec 781 631 décès constatés l’an dernier, il s’agit de la quatrième cause de mortalité par cancer dans le monde. Pour partie responsable de cette pathologie, les complications de l’hépatite B peuvent être facilement prévenues, grâce à l’existence d’un vaccin offrant une protection quasi intégrale contre ce virus (98 à 100 %). Il est aujourd’hui recommandé chez les nourrissons, les enfants, les adolescents et certaines populations adultes, comme les personnes transfusées, transplantées, sous dialyse ou ayant des pratiques sexuelles à risque (le personnel soignant et les agents susceptibles d’être exposés à du sang ou à des produits sanguins dans l’exercice de leur travail sont également concernés).

Selon l’OMS, le vaccin a enregistré d’excellents résultats en matière d’innocuité et d’efficacité. Depuis 1982, plus d’un milliard de doses ont été administrées dans le monde, avec des bénéfices très concrets chez les nourrissons, où la couverture vaccinale était estimée à 84 % en 2017. Dans bon nombre de pays, le taux d’infection chronique est désormais inférieur à 1 % chez les enfants immunisés. Les progrès enregistrés via l’usage généralisé du vaccin sont tels que le VHB pourrait être éradiqué d’ici à 2030, contribuant ainsi à réduire partiellement la mortalité du cancer du foie. Ambitieux, l’objectif est toutefois jugé atteignable par l’OMS, qui a fait de ce combat l’une de ses nombreuses priorités.

 

 

1. International Agency for Research on Cancer – IARC

2. Gardasil, Cervarix et Gardasil 9.

3. « Impact of scaled up human papillomavirus vaccination and cervical screening and the potential for global elimination of cervical cancer in 181 countries, 2020-99 : a modelling study », The Lancet Oncology (février 2019).

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