01 FÉVR.

2018

Koen Van de Maele , Opinions

La gestion passive: un choix actif!

La gestion passive est en train de gagner en popularité. Les actifs gérés dans des fonds passifs, y compris les ETF, enregistrent une croissance substantielle tandis que les fonds gérés de façon active, surtout ceux qui investissent sur les marchés des actions, perdent des actifs. Il n’est cependant pas certain que les conséquences d’une gestion passive soient pleinement comprises. Souvent, celle-ci est considérée comme un choix évident en toutes circonstances, mais est-ce bien le cas?

La gestion passive se définit comme une technique de gestion de portefeuille, dans laquelle un certain indice est reproduit. Souvent, l’indice reprend des titres appartenant à un certain segment des marchés financiers et il pondère ces titres sur la base de leur capitalisation boursière. Mais l’utilisation de ces méthodologies de construction de portefeuille peut prêter à conséquences.

Par construction, les indices basés sur la capitalisation boursière vont surpondérer les actions chères et sous-pondérer les actions bon marché. Il en va de même pour les secteurs et régions onéreux. Par exemple, la part des valeurs technologiques au sein des indices actions standards était élevée dans les années 2000, durant la bulle technologique, et faible par la suite dès 2003. Un effet paradoxal similaire s’applique au secteur financier après la crise financière de 2008. De manière intuitive, les investisseurs intelligents auraient eu l’allocation inverse…

 

Les conséquences de l’utilisation de la capitalisation boursière au sein des indices obligataires sont même plus importantes encore. Par exemple, lorsque les taux d’intérêt sont bas, les emprunteurs ont tendance à émettre de la dette à plus long terme. Un indice basé sur la capitalisation boursière aura de ce fait une duration moyenne élevée lorsque les taux d’intérêt sont bas, et, inversement, une duration moyenne faible lorsque les taux sont élevés. Une nouvelle fois, ce n’est pas ce que les investisseurs intelligents sont supposés faire. De plus, les emprunteurs fortement endettés sont proportionnellement surreprésentés au sein des indices obligataires standards, alors que la plupart des investisseurs en obligations privilégient les investissements dans des débiteurs de haute qualité.

Hormis les aspects mentionnés ci-dessus, de nombreux investisseurs sont réticents à l’idée d’investir aveuglément dans toute société sans le moindre examen de son modèle d’affaires et des aspects éthiques. Pourtant, les indices standards investissent dans toutes les sociétés, y compris dans celles qui sont impliquées dans des activités controversées comme les munitions à fragmentation, les mines antipersonnel ou qui sont en violation des droits humains, environnementaux et du travail, ou bien encore impliqué dans des affaires de corruption.

Malgré tous ces arguments, la gestion passive semble être encore considérée par certains comme une sorte de loi naturelle, qui échappe à toute responsabilité. Mais en réalité, l’investissement passif est un choix délibéré d’appliquer une méthodologie de construction de portefeuille basée sur la capitalisation boursière. Par conséquent, tout investisseur dans des fonds passifs standards doit être conscient de tous les risques inhérents à l’application de cette méthode. Ainsi, le choix d’investir de façon passive doit être considéré en substance comme un choix actif!

Ceci ne signifie pas que les investissements passifs ne peuvent pas constituer un choix valable. En choisissant l’indice optimal à reproduire, la gestion passive peut même représenter un complément extrêmement efficace à tout portefeuille. Il est cependant très important d’évaluer l’indice sous-jacent. Candriam a la conviction, en premier lieu, que la prise en compte de critères ESG doit être intégrée à cette évaluation et que d’autre part, les méthodologies de construction de portefeuille alternatives doivent être prises en compte également. Présentons rapidement ces deux éléments.

Puisque la plupart des investisseurs raisonnables préfèrent appliquer une certaine sélectivité pour choisir les investissements de façon pertinente, les critères ESG doivent être appliqués pour filtrer les instruments potentiels. Les études de Candriam indiquent que le fait d’éviter des entreprises qui se classent défavorablement en termes d’évaluation ESG améliore les rendements ajustés du risque. Ce qui doit être atteint, c’est un équilibre optimal entre, d’une part, un degré élevé de sélectivité ESG et, d’autre part, une diversification du portefeuille. Or il n’existe, à la base, pas de point d’équilibre optimal, cela dépend largement des préférences de l’investisseur.

De nombreuses alternatives existent afin de déterminer les pondérations des titres éligibles au portefeuille. Une pondération basée sur les fondamentaux d’une entreprise reflète la pertinence économique de cette dernière, sur la base de certains des principaux paramètres financiers comme le chiffre d’affaires, le bénéfice, le cash-flow et la taille du bilan. L’utilisation de ces paramètres permet d’éviter d’investir dans des titres onéreux et apporte une logique intuitive au portefeuille. En plus de cette méthodologie, on peut également utiliser des biais inhérents à l’investissement factoriel comme la valeur, la taille et la faible volatilité. Il existe une vaste gamme de publications spécialisées qui soutiennent la valeur ajoutée de ces facteurs. Dans la mesure où les coûts de transaction liés à la mise en place de ces facteurs restent sous contrôle et que différents facteurs sont associés au sein d’une approche multifactorielle, cette approche peut représenter un excellent complément à tout indice.

Pour conclure, il paraît clair que l’investissement passif nécessite beaucoup plus d’analyse par rapport à ce que l’on pourrait croire à première vue. De plus, il ressort que la plupart des indices standards basés sur la capitalisation boursière sont quelque peu imparfaits de par leur construction et qu’ainsi, ils ne constituent pas toujours des choix optimaux pour les investisseurs rationnels.