16 NOV.

2018

Asset Class , Macro

Inde: Après le choc de la démonétisation, la croissance tourne à plein régime

Après le ralentissement causé par la brusque mise en place de mesures de démonétisation et d’une nouvelle taxe sur les biens et services (GST), la croissance a repris de la vigueur et a dépassé les 8 % sur un an pendant le deuxième trimestre 2018. La consommation des ménages continue de fournir un socle à la croissance et les investissements des entreprises ont contribué à la récente accélération du PIB. En revanche, le solde commercial a pesé  légèrement négativement. 

L’inquiétude des marchés ne tient donc pas à une dégradation de la conjoncture indienne. Le fait que, depuis de nombreuses années,  l’économie indienne emprunte des capitaux au reste du monde pour financer cette croissance est en revanche une source d’inquiétude pour les intervenants sur les marchés financiers. Pourtant, après avoir atteint 5 % du PIB en 2013, le déficit courant s’est nettement résorbé et est aujourd’hui en-dessous de 2 %. En outre, ce déficit est largement financé par des investissements directs, généralement plus stables et durables dans le temps que d’autres sources de financement. Enfin, le risque commercial avec  les Etats-Unis – son premier partenaire commercial – est assez limité : les excédents commerciaux de l’Inde par rapport aux Etats-Unis ne représentent que 22 milliards de dollars (contre plus de 200 milliards entre la Chine et les Etats-Unis) et elle y exporte principalement des services informatiques ou d’autres biens de niches tels que des diamants taillés ou des médicaments.

Le secteur privé non financier indien est d’ailleurs relativement bien placé pour absorber d’éventuels chocs, étant donné que les ménages comme les entreprises sont peu endettés et qu’une large majorité de ces dettes sont libellées en Roupies Indiennes.

La situation du secteur public est, elle, pus inquiétante. A 70 % du PIB, l’endettement y est élevé, notamment compte tenu de son niveau de développement encore relativement faible. Malgré un déficit public supérieur à 6 %, le niveau élevé de la croissance de l’économie indienne a permis de maintenir le poids l’endettement public sur une trajectoire stable depuis une dizaine d’années. Le poids de la dette publique pourrait néanmoins fortement augmenter si le gouvernement devait être forcé de recapitaliser plusieurs banques publiques qui font face à des difficultés croissantes. Les banques publiques représentent en effet une part très importante du secteur bancaire. Or, leur ratio de rentabilité se dégrade et les prêts non-performants sont en nette hausse (près de 10% de l’encours des prêts en 2017). De plus, un quart des crédits a été accordé par des institutions financières non-bancaires. Or, dans un contexte de durcissement des conditions de financement au niveau global, les coûts de financement de ces institutions grimpent et, suite au défaut de paiement de l’ILFS, institution semi-publique, des problèmes de liquidités sont apparus. Si les tensions devaient persister, l’accès au crédit pourrait être freiné et ainsi peser sur la croissance. Néanmoins, le gouvernement a rapidement pris l’initiative de renflouer les caisses de ILFS et semble donc déterminé à éviter toute contagion à l’ensemble du système financier.

Dans ce contexte, la croissance devrait ralentir un peu mais se maintiendrait au-dessus de 7 % en 2019.


Graphique 1: Indice PMI                                          Graphique 2: Contributions des formations de capitales dans la part du PIB                                                                                                                                                                

            Source: Thomson Datastreal                                                                          Source: Thomson Datastream


Graphique 3: Comptes courants et de financements
   
Source: Thomson Datastream