15 JUIN

2018

2018 FIFA World Cup , Absolute Return , Highlighted , Asset Class

Investir durant la Coupe du monde : une affaire de mental ?



Enfin ! Après de longs mois d’attente, le coup d’envoi de la 21e Coupe du monde de football vient d’être donné. Tous les yeux sont rivés sur la Russie : cet événement sportif planétaire est le 2e le plus regardé au monde (3,2 milliards de téléspectateurs en 2014 au Brésil), juste derrière les Jeux olympiques d’été (3,6 milliards pour les Jeux de Londres en 2012).

32 nations sont en lice. Elles représentent plus de 1,5 milliard d’habitants (dont l’Islande, Petit Poucet démographique avec 330 000 habitants) et près de 37% du PIB mondial (dont le Sénégal, Petit Poucet économique avec 16 milliards de dollars de PIB). Les deux plus grosses puissances mondiales – les Etats-Unis et Chine, 40% du poids économique de la planète à eux deux – ne se sont pas qualifiées.

La compétition, qui fera chavirer tout un pays dans une douce ivresse estivale le 15 juillet au soir, date de la finale, livrera également son lot de déceptions, de frustrations et de regrets aux 31 nations qui seront éliminées au cours de ces 4 prochaines semaines.

Ce flux d’émotions négatives, étalé sur un mois, peut-il avoir un impact sur les marchés financiers ?

La question mérite d’être posée au regard de cette statistique étonnante : depuis 1950, le marché américain[1] perd en moyenne 2,6% pendant les périodes de Coupe du monde (entre mi-juin et mi-juillet approximativement tous les 4 ans), contre un gain de 1,1% sur la même période pour les années sans Coupe du monde. Qui plus est, sur les 17 périodes observées depuis 1950, 13 affichent une performance négative.

Expliquer cette interaction entre sentiment/psychologie et marchés financiers ; voilà tout l’enjeu de la finance comportementale, qui consiste à appliquer la psychologie à la finance. Née il y a une trentaine d'années, cette théorie a gagné en reconnaissance avec la remise du « prix Nobel d'Economie »[2] à deux de ses pères : Daniel Kahneman, récompensé en 2002, et Richard Thaler, primé en 2017. Par opposition à l'hypothèse classique des marchés efficients, la finance comportementale cherche à éclairer les situations lors desquelles les marchés se comportent de façon non rationnelle et tente d'en expliquer les causes par la psychologie de ses acteurs, en s’appuyant sur toute une série d’expériences.

Prenons le meilleur exemple – vous-mêmes, en tant qu’investisseurs – et cherchons à déterminer ensemble si vous êtes un agent rationnel.

1er choix. Vous devez choisir entre :

  • gagner 900 euros à coup sûr,
  • avoir 90 % de chances de gagner 1 000 euros, et 10% de chances de ne rien gagner du tout.

Si vous avez une préférence pour la première réponse, comme une majorité des personnes interrogées, vous avez une aversion pour le risque. Sur le marchés financiers, ce biais peut par exemple engendrer une préférence pour les actifs les moins risqués conduisant une allocation d’actifs sous-optimale.

2e choix (indépendant du 1er). Vous avez désormais le choix entre :

  • perdre 900 euros,
  • avoir 90% de chances de perdre 1 000 euros, et 10% de chances de ne rien perdre.

Si, là encore, vous faites partie de la majorité en ayant choisi la dernière, vous avez une aversion aux pertes : vous êtes plus sensible aux perspectives de pertes que celles associées aux gains.

Sur les marchés financiers, l’aversion aux pertes se manifeste par ce qu’on appelle « l’effet de disposition », qui désigne la tendance des investisseurs à vendre trop tard des actifs qui subissent des pertes.

Et que dire d’un autre biais émotionnel bien connu de l’investisseur, l’excès de confiance ? Celui-ci renvoie à notre tendance à surévaluer nos capacités (intellectuelles ou autres). Par exemple, 82% des personnes soutiennent mordicus faire partie des… 30% les plus prudentes au volant. Les études montrent que l’excès de confiance conduit les investisseurs à acheter/vendre plus rapidement car ils sont convaincus d’en savoir plus que leur contrepartie. Un air de déjà-vu ?

Dit autrement, un investisseur est soumis en permanence à ses propres faiblesses : peur, excès de confiance ou tendance à surinterpréter une information en fonction de ses croyances. D'un point de vue théorique, la finance comportementale revient donc à pointer une « rationalité limitée » de l'individu.

Une des difficultés rencontrées par les spécialistes de la finance comportementale est l’organisation d’expériences à très grande échelle pour valider ou non leurs hypothèses. A ce titre, la Coupe du monde de football, de par son universalité et la passion qu’elle génère, est un parfait laboratoire pour observer les effets des déceptions et frustrations collectives engendrées par les éliminations successives de ses participants.

En 1972, le météorologue Edward Lorenz introduisait le concept « d’effet papillon » avec sa célèbre question : « le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? »

Y aurait-t-il également un « effet ballon rond » ? La défaite de la Seleçao, de la Mannschaft ou des 30 autres équipes engagées aura-t-elle une incidence sur les marchés financiers ? Et, pour ce qui vous concerne, la défaite de votre équipe de cœur influencera-t-elle vos prochains arbitrages ?

Réponses sous 30 jours !


[1] NYSE Composite Index.

[2] Le « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel », décerné depuis 1968, récompense chaque année une ou plusieurs personnes pour leur contribution exceptionnelle dans le domaine des sciences économiques.